Le mobilier du Palais
L’autel provient de la chapelle de la Visitation, située à l’extrémité du Rocher. Le couvent est fondé en 1663 par la princesse Catherine-Charlotte, épouse de Louis Ier. La construction de la chapelle commence en 1665 sur les plans de Marc-Antoine Grigho, architecte génois originaire de la région de Lugano, qui travaille également au palais princier : le grand escalier à double révolution de la cour d’honneur et la porte d’honneur du palais (porta maestra), réalisée vers 1675, lui sont sans doute dus. L’escalier s’inspire du modèle maniériste Renaissance de la cour du Cheval blanc du château de Fontainebleau, dont il accentue la majesté, augmentant la douceur et diminuant la nervosité.
La porte d’honneur présente également des éléments caractéristiques de l’art de la Renaissance et de l’art baroque : elle réinterprète avec fantaisie, grâce à son double entablement curviligne interrompu en volute, des modèles maniéristes romains du XVIe siècle. La chapelle de La Visitation présente les caractéristiques de l’art baroque maniériste génois. Le grandiose retable, sur lequel est adossé l’autel, sans doute postérieur à la construction de l’église, est inspiré par Le Bernin, architecte du baldaquin de la basilique Saint-Pierre de Rome.
Le couvent de la Visitation est désaffecté en 1793, devient un hôpital, une prison puis une caserne, avant de devenir un couvent et un collège de jésuites, enfin le lycée public de Monaco à partir de 1910 (aujourd’hui Lycée Albert Ier). Un incendie survient en 1858. La chapelle est restaurée en 1870. Une partie du mobilier intérieur actuel de la chapelle, dont cet autel, qui porte le monogramme christique IHS, insigne des jésuites, date de cette époque. La porte du tabernacle est décorée de l’agneau pascal.
La croix processionnelle en argent, habituellement placée dans la chapelle palatine du Palais, a été exécutée en 1810 par Xavier Dartes, orfèvre, et Caulers, ciseleur à Montpellier. Elle provient de la confrérie des pénitents blancs de Lodève. Entre le crucifix et le manche, un vase avec trois angelots en ronde-bosse. À l’intersection des deux branches, le tétragramme hébraïque dans le triangle de la Trinité. À l’extrémité, trois importants culots formé d’un vase surmonté d’une étoile à six branches, flanqué de deux chutes de feuilles et de fleurs. Sur la branche supérieure, l’inscription INRI (« Jésus le Nazaréen, roi des Juifs »).
La table des signatures, habituellement placée dans la chambre d’York du Palais, est de milieu de style Louis XIV. En bois doré, elle est sculptée à motifs ajourés de coquilles sur les largeurs, de masques féminins enrubannés sur les longueurs. Les quatre pieds sont reliés entre eux par une entretoise chantournée en X. Au centre, le macaron octogonal est sculpté d’une grosse fleur entourée de gaudrons. Le plateau est formé de carrés de marbre, porphyre, onyx, brèche, brocatelle, ceints par un entourage de marbre noir de Belgique. Elle pourrait avoir été déjà utilisée pour le mariage civil, dans la salle Grimaldi (aujourd’hui salle du trône), de la princesse Florestine, sœur du prince Charles III, avec Frédéric-Guillaume de Wurtemberg, duc d’Urach, le 15 février 1863. Elle sert, de façon certaine, dans cette même salle du trône, le 19 mars 1920, pour le mariage civil de la princesse Charlotte avec le comte Pierre de Polignac, ainsi que pour celui du prince Rainier III avec Grace Kelly, le 18 avril 1956.
La salle des gardes, dans son style gothique actuel, a été aménagée en 1885. Les armes au pied des arcs de la voûte en cul-de-four sont celles des familles alliées aux Grimaldi depuis Rainier Ier jusqu’à Honoré IV. La cheminée monumentale, en pierre tendre du Poitou, est de l’architecte Charles Lenormand, à qui l’on doit également la cathédrale de Monaco. Le cavalier du manteau de la cheminée a été sculpté par Louis-Adolphe Carion.
